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27 janvier : Joël Gouy continue de nous raconter cette terrible épreuveJoël et Betty Gouy dirigrent la crèche Solidarité TI MOUN à Delmas 75 16, rue Jasmin. Il témoigne.
Le 25 janvier 2010 Comment aider, c’est une question qui est posée par certains d’entre vous. Ayiti Education chez Paul Gouy Parc de Juliette Appartement A21 319 avenue du général d’Armée Jean Calliès 83600 FREJUS PLAN D’ACTION 1- L’aide d’urgence 2- L ’ouverture de l’établissement 3- La reconstruction Samedi je suis allé à l’Ambassade de France, précisément à la Résidence de l’Ambassadeur. Autour du bâtiment principal, détruit, est installé le centre opérationnel de secours de notre pays, à savoir un grand nombre d’hommes, de tentes, de véhicules, de matériels. Le Lycée Français, voisin, est devenu un hôpital. Plus de tentes disponibles, elles sont toutes en place.J’ai passé commande pour le prochain arrivage.Je suis reparti avec 20 kits cuisine (un seau, 2 marmites, 5 assiettes et 5 couverts, le tout en aluminium) et 20 couvertures.Le CPAE est donc devenu un centre de distribution de matériel d’urgence. J’espère que je recevrai d’autres matériels car ce sera insuffisant. Ce n’est qu’un début. 2- L’ouverture de l’établissement Nous pensons que la situation s’améliorera, au moins psychologiquement, lorsque les écoles ouvriront, celles qui sont debout évidemment. Notre démarche est la suivante :a- Nous avons fait une reconnaissance dans le secteur : les petites écoles sont en état. En revanche l’école qui accueillait le plus d’élèves, l’école Sainte-Claire, à 500 m à vol d’oiseau, a besoin de réparations, ou pire d’être abattue.b- J’ai envoyé un courrier officiel à la Directrice de cette école, pour lui proposer d’accueillir ses élèves, dès que nous serons autorisés par le gouvernement, à ouvrir. Dans cette perspective, nous travaillons pour augmenter notre capacité d’accueil.c- J’ai convoqué normaliens, ‘’anciens’’ et instits pour lundi matin 25. Objectifs : essayer de savoir ce que sont devenus tous ceux qui ne sont pas manifestés, répertorier les victimes et les dégâts, organiser notre action. d- Je vais proposer la tenue d’une permanence à l’école pour que chaque élève, accompagné d’un parent, vienne signaler sa présence. Objectif : savoir combien sont encore ici, car beaucoup d’habitants de la capitale ont fui vers les provinces ; lister les victimes et les dégâts. 3- La reconstructionNous avons décidé d’agir pour le long terme, faire du durable, donc reconstruire ce que nous pourrons, avec l’argent que nous recevrons.Conditions pour que les demandeurs soient aidés :n ils sont soit parents d’élèves, soit employés à l’école, soit normaliensIls doivent être propriétaires de leur habitation
Bien évidemment, nous avons déjà des noms. La semaine prochaine, nous devrions avoir une liste à peu près complète des besoins.
Le 22/1 /2010 Témoignage de Jean SAUREL, ami de Martine et Raymond Barré Mardi soir 26 janvier 2010 Les mauvaises nouvelles s’accumulent ; les normaliens essaient de prendre contact avec moi. Pour une majorité, heureusement, il n’y pas eu de dommages. Cependant, certains ont perdu des proches, d’autres leur maison, ou encore la maison est fissurée et dangereuse.La plupart des gens campent sous des morceaux de tissu fixés à 4 piquets, pour se protéger du soleil.Déjà 2 écoles de notre réseau sont signalées détruites : St Léonard et Sté Thérèse de l’Enfant Jésus. (Je n’ai pas encore pu vérifier). Huit de nos anciens sont donc sans travail.En revanche, à Pétionville, les écoles Acacias, Kindergarden de PV, Planète Bleue, Coccinelle et Arc-en-ciel sont debout. Et d’autres encore. Et Cours Edmé ainsi que Plein Soleil.Donc, je vais me battre pour que ces écoles, comme les nôtres ouvrent au plus vite, en accueillant des élèves d’écoles sinistrées. Je convoque tous les ‘’anciens’’ et tous les normaliens qui m’appellent à une réunion le lundi matin 25. Combien seront-ils ? La fuiteTous ceux qui le peuvent fuient la capitale.Les gens aisés ont pris l’avion pour l’étranger, ou leur voiture pour Saint-Domingue. Motif : scolariser les enfants pour éviter qu’ils perdent une année scolaire, sort qui semble promis à ceux qui ne partiront pas.D’ autres, plus modestes, s’en vont vers leurs provinces natales ou ils ont de la famille.Enfin, d’autres ont été rapatriés, par exemple tous les Français qui le désiraient. Mardi 19 janvier, une semaine après la catastrophe La vie reprendCe sont les stations service qui ont ouvert en premier. Moyennant des queues et des attentes prolongées, on pouvait avoir du carburant évidemment rationné.Et ce matin, ENFIN, il était temps, quelques supermarchés ont ouvert à Pétionville, en présence de forces de police par précaution. Vous ai-je dit que le principal supermarché, Caribbean Market, est en ruines ? Je me suis déplacé dans Pétionville, une ville aussi peuplée que Nantes ( qui compte 270 000 habitants intra-muros). J’estime à 2% les destructions nettes de maisons et d’immeubles. En revanche, je ne peux pas donner d’estimation sur le nombre de bâtiments fissurés. Mon quartier a peu souffert. Les destructions sont beaucoup plus nombreuses et massives dans les zones plates, quasiment au niveau de la mer : Port-au-Prince, Léogane…Je ne suis pas descendu à P-au-P pour une raison essentielle : je ne veux pas faire de voyeurisme et je veux laisser les sauveteurs disposer du faible réseau routier en service. J’irai plus tard, dans quelques jours.
Vendredi 15 janvier 2010 à 19h locales Une FROUSSE MONUMENTALE
J’ai cru que le bâtiment allait s’ écrouler. Tout bougeait fortement, murs et poutres en béton, meubles, tout. Et cet énorme ronflement qui effraie, et qui s’est reproduit à chaque secousse violente. Vraiment je n’ai pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. Et quand je suis sorti enfin, la première et plus puissante secousse, qui a duré une minute, était terminée. Heureusement, à 5h du soir, ce mardi 12 janvier, il n’y avait dans l’école que Docimus, sa femme et leurs 3 enfants, ainsi que Serge, un ami de Martine et Raymond Barré, le boss maçon Lucien, et moi. Heureusement, car un parapet de protection, autour de la terrasse du 3ème étage, a basculé dans la cour : 5 rangs de parpaings sur 10m de longueur. Le boss Lucien s’est mis à gesticuler et à crier ‘’merci seigneur ‘’ et j’ai dû le calmer en lui disant : ‘’Il faut vérifier s’il y a des dégâts dans l’immeuble’’. Quant à moi, je remercie très fort l’ingénieur Hantz Zennie qui m’a très habilement conseillé au début de la construction, pour calculer le nombre et le calibre des fers à béton, ainsi que les dimensions des poteaux et des poutres. Si la construction avait été fragile, je serais au nombre des victimes.
COUPURE DES COMMUNICATIONQS Ce vendredi soir, 3 jours après la catastrophe, je n’ai essentiellement que des informations qui m’ont été rapportées par d’autres personnes dont des normaliens qui sont venus. Peu de temps après les 3 premières secousses, les communications ont été coupées. J’ai réussi in extremis à appeler les Barré et Betty ; chez eux rien de grave. Quand j’ai voulu appeler la France, ce fut impossible. Que ceux qui ont craint pour nous me pardonnent : j’ai tenté mille fois, jour et nuit de vous appeler, en vain. Je n’ai réussi à parler à Martine Gouy que le jeudi vers 13h ; je n’ai eu que le temps de lui demander de prévenir tout le monde, de dire que tout allait bien pour nous, et la communication a été coupée. Mais j’étais immensément soulagé. Quant à internet, chez moi, la connexion n’est toujours pas rétablie et c’est depuis l’ installation d’amis possédant une antenne parabolique que je vous envoie ce message.
Une CATASTROPHE APOCALYPTIQUE Par malchance, il ne me reste que peu de carburant dans la voiture et le groupe électrogène est à sec depuis une demi-heure. Jeudi matin, n’arrivant pas à joindre la France, je me suis rendu à l’Ambassade pour signaler que Martine, Raymond, Serge et moi étions sains et saufs. Sur le parcours, des maisons et des immeubles effondrés, mais pas très nombreux ; les plus fragiles ont cédé, souvent sur leurs occupants. A l’Ambassade L’Ambassade, c’est un lieu de rassemblement pour les Français sinistrés . D’abord, la résidence de l’Ambassadeur où j’ai assisté à bon nombre de réceptions, est au sol. Dans les jardins, c’est un camp de réfugiés, car il faut dormir hors des bâtiments. Tous ces compatriotes attendaient leur rapatriement. Untel avait tout perdu dans l’effondrement de sa maison. Tel autre espérait aller récupérer quelques papiers dans les décombres de son habitation. Et Benoît et Mylène Faucheux, effondrés par leur malheur : leur fillette de 3 ans tuée par l’écroulement de leur maison, et la mère de Mylène, toujours sous le béton… A cette heure Benoît, Mylène et Margot, leur aînée, doivent être en France. Je ne peux que leur dire courage, ce qui est bien dérisoire.
Et ailleurs Autour du Lycée, qui serait indemne, bon nombre de maisons et d’immeubles sont détruits. Je ne suis pas allé encore au bas de la ville. Et, tous les témoignages le confirment c’est l’horreur absolue, l’enfer. Destructions massives et maintenant l’odeur des cadavres en décomposition sous le béton. Vous avez certainement vu des images à la télé. La Palais National en partie effondré, la cathédrale dont la voûte s’est effondrée sur les fidèles présents. La plupart des ministères, au sol. Heureusement, dans ces édifices, à 5h du soir il y avait peu de monde. Le pire ce fut dans les établissements scolaires. Car il y a des cours à 5h. Et plusieurs facultés, plusieurs écoles normales se sont effondrées sur les étudiants. Probablement, le même désastre s’est produit dans des écoles qui pratiquent la double, voire la triple vacation. Qu’est-ce ? Le matin, cours pour enseignants et élèves ; l’après-midi, cours pour une 2ème vague d’élèves et de profs. Dans certains établissements on fait même 3 cohortes. Et l’hôtel Montana, le plus prestigieux, pour une clientèle capable de payer 200 dollars la nuit, écroulé sur 200 personnes. Combien seront sauvées par les sauveteurs français arrivés de Martinique ? J’arrête. Samedi 16 janvier 9h21 J'espere que mon premier message, sur clavier americain, donc sans accents, vous parviendra et vous rassurera. Les bonnes et les mauvaises nouvelles arrivent peu a peu car les liaisons telephoniques fonctionnent mal. Quelques normaliens ont pu faire savoir qu'il n'y avait pas de probleme pour eux. Mais Aldany, ma cuisiniere vient de passer: son frere est enseveli sous un immeuble de la DGI (Impots), son neveu et ses 2 nieces sous leur maison. Elle m'a dit que l'une des menageres de l'ecole a perdu 3 personnes. C'est le debut d'une longue liste, helas... |
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